Une histoire plus que centenaire

1864

En 1864, le Père Louis Reboul que l’on nommait «père et fondateur de la ville de Hull» dote sa paroisse de deux nouvelles classes, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons. Les classes sont au premier étage de la «Chapelle des chantiers», là où se situera l’église Notre-Dame-de-Grâce.

1866

Le 16 juin 1866 voit naître une commission scolaire distincte pour les Catholiques, la Commission scolaire Notre-Dame de Hull.

1867

Au lendemain de la Confédération, le gouvernement fédéral confie aux provinces le droit de légiférer en matière d’éducation. L’Église, qui joue alors un rôle important, confie l’enseignement aux communautés religieuses. Il y avait à Ottawa, une nouvelle Congrégation, les Soeurs Grises de la Croix, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Soeurs de la Charité d’Ottawa. Cette Congrégation était une branche dérivée des Soeurs Grises de Montréal et elle était devenue autonome en septembre 1854.

Mère Bruyère vers l'âge de 40 ans - Collège Saint-Joseph

La Fondatrice et supérieure générale en était Soeur Élisabeth Bruyère. Cette femme remarquable était arrivée à Bytown en février 1845 à l’âge de 27 ans en tant que supérieure d’une petit groupe de Soeurs Grises de Montréal. Elle avait aussitôt mis sur pied une série d’oeuvres : école, orphelinat, hôpital, visite des malades. Soeur Bruyère avait à coeur le développement de la région et elle tenait à faire du bien partout là où elle le pouvait. Ainsi, quand elle meurt à 58 ans en 1876, elle laisse des maisons aux États-Unis (Buffalo,Plattsburgh, Ogdensburg, Lowell, Medina), au Témiscamingue, à Maniwaki, dans la région de Trois-Rivières et des deux côtés de la rivière Outaouais, aussi loin que Montebello. Élisabeth Bruyère était une enseignante de formation; le Père Joseph Tabaret o.m.i., considéré comme le bâtisseur de l’Université d’Ottawa, a pu dire, dans l’éloge funèbre qu’il fit de Mère Bruyère, qu’elle était, dans le domaine de l’éducation, cinquante ans en avance sur son temps.

En janvier 1867, à la suggestion du Père Reboul, les commissaires engagent deux novices de la Congrégation des Soeurs Grises de la Croix au salaire annuel de 120$. Elles étaient responsables des deux classes, l’une française, l’autre anglaise.
L’inspecteur du temps se montra fort satisfait du travail des enseignantes, si l’on en juge par le rapport élogieux qu’il fit à l’issue de sa visite.

«Les révérendes Soeurs D’Amour et Stafford du couvent d’Ottawa sont chargées de la direction des deux écoles catholiques de ce village. Bien que l’école française soit trop nombreuse pour une seule institutrice, les élèves ont obtenu des succès qui font honneur au zèle et à l’habileté de leur maîtresse. L’école anglaise mérite aussi une mention honorable» 1

1868

Les deux religieuses sont remplacées par un laïc ce qui représentait une économie de 40$ pour la Commission scolaire.

1869

La Paroisse construit une église en pierres au coin des rues Notre-Dame-de-l’Île et Victoria. Comme on n’a plus besoin de la Chapelle des chantiers pour le culte, on décide d’utiliser cet espace pour abriter l’École Saint-Étienne, une école paroissiale pour filles. On repeint la bâtisse en rouge d’où le nom de «Couvent rouge» qui lui est aussi donné; on la déménage sur le même terrain mais cette fois à l’extrémité de l’emplacement actuel du stationnement de l’hôtel Four Points Sheraton, angle Papineau et Laurier. Et on y aménage quatre classes au rez-de-chaussée : trois de langue française et une de langue anglaise. Fin juillet, on fait des démarches pour obtenir à nouveau les services de Soeurs Grises de la Croix à titre d’enseignantes. La requête étant acceptée, on leur confie la direction de l’enseignement pour filles à l’école Saint-Étienne. En septembre 1869, les religieuses accueillent environ 300 élèves. Les Soeurs continuent de loger à la Maison mère et elles traversent la rivière Outaouais matin et soir, en chaloupe ou en marchant sur la glace selon les saisons. La Congrégation date de l’année 1869 sa présence en éducation de ce côté-ci de la rivière.

1870

En avril 1870, Mère Bruyère propose l’achat d’un terrain de cinq arpents (162 000 pieds carrés ou 17 094,5 mètres carrés) sur le bord de la rivière des Outaouais du côté de Hull. Elle désire y transporter le Couvent rouge. La transaction est faite en juillet 1870.

Pendant l’été, on fait des rénovations et on aménage un logement pour les religieuses. Le Couvent rouge abritera désormais l’école paroissiale Saint-Étienne, un couvent, un pensionnat et une école privée l’Académie Notre-Dame de Grâce.
Mère Élisabeth Bruyère décrit ainsi les changements:

«La vieille église en bois a été changée de place, elle est en ligne droite avec la nouvelle église en pierre. Elle a été agrandie. Elle est divisée en deux étages dans la nef et en trois étages dans le choeur et la croix, ce qui fait trois grandes classes pour les écoles paroissiales, une grande et même deux pour l’académie que nous commencerons cet automne. Il y aura en outre, une cuisine faite avec la sacristie, un réfectoire qu’on a ajouté, et un parloir, une communauté, un balcon. Une cloche pour appeler les élèves, un hangar, etc. Vous voyez que Hull se montre et sait bien faire les choses 2.»

Le 22 juillet 1870, la Commission scolaire Notre-Dame embauche trois religieuses au salaire annuel de 100 $ chacune. Elles enseigneront aux quelque 200 élèves de langue française et de langue anglaise que compte l’école paroissiale Saint-Étienne. Trois autres religieuses s’ajoutent au personnel. Elles seront chargées de l’école privée, l’Académie Notre-Dame de Grâce, qui accueille une quarantaine d’élèves. Le pensionnat ouvre ses portes en septembre. L’histoire du Collège Saint-Joseph commence à ce moment-là.

1873

Les deux écoles cohabitent dans le Couvent rouge jusqu’au premier décembre 1873, date à laquelle un début d’incendie détruit le toit du bâtiment, là où est situé le dortoir des religieuses. Le curé de l’époque a consigné l’événement.

«Le premier décembre, nous avons eu une alerte. Le feu a pris à la maison d’école des soeurs pendant la classe. L’incendie n’a dévoré que le toit de la partie de l’édifice qui comprend l’ancienne « Chapelle des hommes de chantiers ». Sans le secours de la pompe du village qui a très bien fonctionné, tout l’édifice était réduit en cendres.3»

Mère Bruyère ne perd pas de temps. Comme la chapelle est construite en bois et que les incendies sont fréquents à l’époque, elle craint pour la sécurité de ses Soeurs et lors du Conseil général du 4 décembre 1873, elle suggère de commencer l’achat des matériaux nécessaires à la construction d’un couvent sur le terrain acquis trois années plus tôt.

1876

En septembre 1876, des religieuses inaugurent l’édifice en briques rouges. Mère Bruyère, qui avait tant désiré cette oeuvre, n’a pas vu la réalisation de son rêve puisqu’elle était décédée le 5 avril précédent. Le nouveau couvent est situé à l’emplacement actuel du couvent Saint-Joseph, à l’angle des rues Notre-Dame-de-l’Île et Élisabeth-Bruyère, avec façade sur cette dernière rue.
Ce bâtiment comprend un couvent, un pensionnat et une école privée qui conserve le nom Académie Notre-Dame de Grâce.

1888

En 1888, la ville de Hull est dévastée par un incendie qui ravage tout un quartier. L’Académie Notre-Dame-de-Grâce est complètement détruite.

1890

La Congrégation décide alors de reconstruire. Le nouvel édifice inauguré en 1890 est en pierres, et sa façade donne sur la rue Notre-Dame-de-l’Île. Il n’abritera d’abord qu’un couvent puisque ni l’école privée ni le pensionnat ne sont réouverts. Cependant, les Soeurs continuent d’enseigner dans les écoles paroissiales. Puis, peu à peu, elles commencent, dans leur couvent, une école de musique qui deviendra florissante.

1909

Suivant en cela l’exemple de Mère Bruyère, la Congrégation est désireuse de promouvoir la qualité de l’enseignement et elle s’intéresse de près à la formation des futures institutrices. Aussi construit-elle en 1909 un ajout à l’édifice construit en 1890. Il abritera l’École normale Saint-Joseph à laquelle s’adjoint une école primaire appelée Annexe d’Youville. Celle-ci servira d’école d’application. En effet cette école permettra aux normaliennes de se familiariser avec l’enseignement tout en restant sur place. Dès la fin des années 30, l’Annexe d’Youville comptera une maternelle pour garçons et filles.

1931

L’accroissement de la clientèle et du personnel nécessaire pour desservir celle-ci incite la Congrégation à acheter un terrain adjacent du côté de ce qui est aujourd’hui le boulevard des Allumettières et à y construire une allonge à la bâtisse de 1909.

1950

Le 18 mai 1950, vers 22 h 20, un violent incendie prend naissance au rez-de-chaussée de l’école. La partie du couvent datant de 1890 est entièrement détruite et seuls subsistent les murs extérieurs de l’École normale de 1909. L’aile de 1931, construite à l’épreuve du feu, est endommagée par la fumée. Quatre religieuses, qui se trouvaient à l’étage supérieur, périssent. La Congrégation va se hâter de reconstruire l’école en conservant la structure extérieure du bâtiment de pierres, si bien que dès le 19 septembre, les élèves réintègrent leurs cours.

1945 – 1967

Parallèlement, sur les lieux mêmes de l’École normale, commence une nouvelle école. En effet, l’année 1945 voit la naissance du premier collège classique féminin dans l’Ouest du Québec: le Collège classique Marguerite-d’Youville. Ces deux oeuvres et le couvent coexistent de 1945 à 1949.

L’espace manquant, le Collège est forcé de fermer ses portes le temps que la Congrégation construise une nouvelle bâtisse sur le boulevard Taché à Hull. En septembre 1952, le Collège accueille à nouveau des élèves. Au bout d’une dizaine d’années, on doit agrandir et, en mai 1964, on inaugure l’édifice qu’occupe actuellement l’Université du Québec.

En 1964, la Faculté des Arts de l’Université Laval inaugure un nouveau programme. Aucune des institutions existantes dans la région ne possède les ressources nécessaires pour offrir ce programme. Elles concluent donc une entente de regroupement qui prend le nom Consortium Marguerite-d’Youville. En font partie les trois collèges classiques, les deux écoles normales, l’École d’infirmières de l’Hôpital du Sacré-Coeur et l’Institut de technologie. Le consortium sera remplacé par le Collège général et professionnel de l’Outaouais en 1967.

Par un curieux retour des choses, certaines des élèves du Collège Marguerite-d’Youville reviennent compléter leur scolarité sur les lieux où le Collège avait pris naissance, dans l’édifice de l’École Normale de Hull. En effet, en 1965, à cause des changements amenés par la formation du Consortium, les élèves du cours d’immatriculation (la première partie du cours classique) avaient dû migrer du boulevard Taché, vers l’Annexe d’Youville, où ne subsistaient que les deux classes de niveau secondaire, la 8e et la 9e années.

1968

Dans la foulée de la réforme de l’éducation, l’École normale ferme ses portes. Cependant une nouvelle vocation se dessine déjà puisque l’afflux des élèves issues du Collège Marguerite-d’Youville vers l’Annexe d’Youville amènera la création de l’École secondaire Saint-Joseph.

1970

En 1970, la charte de l’école est modifiée. L’École normale disparaît pour être remplacée officiellement par une école secondaire privée destinée aux filles, l’École secondaire Saint-Joseph.

1986

Les changements qui se produisent dans les programmes du ministère de l’Éducation et l’augmentation de la clientèle incitent à nouveau la Congrégation à agrandir l’école. En 1986, on construit une annexe, dans la cour de l’école, du côté de la rue Laurier. Une passerelle relie les deux bâtisses.

L’annexe regroupe des salles de classes, des locaux d’art plastique et de musique, des laboratoires, un gymnase, une cafétéria et une grande salle d’études. Le bâtiment principal abrite des classes, la bibliothèque, les locaux d’administration, des laboratoires, la pastorale ainsi que le Couvent des Soeurs de la Charité d’Ottawa.

2001

La plus récente modification à la charte remonte au mois de juillet 2001. Il s’agissait de créer une nouvelle corporation pour remplacer la corporation religieuse formée par la Congrégation des Soeurs de la Charité d’Ottawa. Cette nouvelle corporation, qui est aussi une corporation religieuse, est à majorité laïque. Depuis, l’école porte le nom Collège Saint-Joseph de Hull.

2007

À partir de septembre 2007, le Collège offre à toutes les élèves de première année le Programme de premier cycle secondaire du Baccalauréat international (Programme d’éducation internationale) et le Programme de formation de l’École québécoise du ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports du Québec. Ce programme s’implante graduellement, un niveau à la fois.

Le Collège devient aussi un Établissement vert Bruntdland. Il s’engage dorénavant et de façon formelle à faire la promotion des 6 R – Réduire, Réutiliser, Recycler, Réévaluer, Restructurer et Redistribuer. Le Collège agit donc dans une perspective écologique, pacifique, solidaire et démocratique afin d’aider à bâtir un monde meilleur. Le projet EVB est tout à fait conforme à la formation que veut transmettre le Collège. Il s’accorde avec les valeurs chrétiennes qui sont à la base de cette formation.

Le Collège Saint-Joseph se distingue par la qualité de l’enseignement qu’il dispense. À l’image de l’imposant édifice principal, il est construit sur des assises solides. Sa situation géographique est enviable puisqu’il est situé au centre-ville de l’ancienne ville de Hull à proximité du Parlement, du Centre national des arts, du Musée des Civilisations et du Musée des Beaux-Arts. Sa longue histoire lui a assuré un rôle prépondérant dans l’Ouest québécois, rôle qu’il continue à jouer au XXIe siècle.


Remerciements

Ces renseignements proviennent en majeure partie d’un article écrit par Soeur Germaine Julien.

Des Pionnières de l’éducation dans Hull , dans Outaouais, Le Hull disparu, un cahier publié en 1988.

  • Lucien Brault Un siècle d’administration scolaire 1866 – 1966.
  • Élisabeth Bruyère, Lettre à Soeur Phelan, le 22 juillet 1870.
  • Rapport du Révérend Père Hyacinthe Charpenay, o.m.i., daté du 12 décembre 1873, Archives Deschatelets, Ottawa.